Alors que la partielle dans le comté de Vachon se déroulait sans crise, malgré quelques hic (un média local a reproché à une pancarte d’avoir agressé une citoyenne !), voilà que le porte-parole du Parti québécois, Manuel Dionne, a lancé une guerre ouverte sur Twitter contre les anglophones du comté. Jusqu’à ce jour, il n’y a jamais eu de problème entre les citoyens, peu importe leur langue d’origine. Mais on le sait, se radicaliser avec une petite guerre ethnique et linguistique, le temps de gagner une élection, c’est pratique au PQ.
D’autant plus que la candidate péquiste est membre du controversé SPQ-Libre, radicalement pure et dure.
Même la radio locale, pourtant d’une neutralité irréprochable depuis le début de cette élection, a cru bon d’argumenter contre M. Dionne.
Or, le mal vient du fait que le PQ marche sur des oeufs avec cette question depuis qu’il avait envisagé de retirer le droit de vote aux gens qui ne parlaient pas “assez bien” le français, avec le controversé projet de loi 195 de Pauline Marois, proposé à l’automne 2007.
En gros, ce projet visait à retirer des droits fondamentaux à certains citoyens: si un nouvel arrivant (d’une autre province ou d’ailleurs) ne maîtrise pas de manière jugée « appropriée » la langue française, il ne doit pas être reconnu comme citoyen québécois. Il ne doit plus avoir le droit de se présenter lors d’élections provinciales, municipales ou scolaires ; ni le droit d’adresser de pétition à l’Assemblée nationale, ni le droit de participer au financement public des partis politiques. Non seulement il ne sera pas un citoyen au même titre que les autres, mais il ne sera pas citoyen, point. (projet de loi 195 du PQ, article 10)
Évidemment, la controverse avait éclaté sur le champ, au sein même du PQ. Lire aussi Stéphane Gendron (pourtant ancien conseiller péquiste).
Blogue souverainiste Vigile.net, le 29 décembre 2007: “Les eaux troubles de l’intolérance”
“Qu’y a-t-il de plus inquiétant dans ce projet de loi ? C’est de l’avoir pensé, justement pensé, et discuté et de l’avoir inscrit dans un projet de loi. Et surtout, ce qu’il y a de plus inquiétant, dérangeant et troublant, c’est de continuer à occuper la scène de l’identité nationale en mêlant le tout à la question de l’immigration. Jean-François Lisée en rajoute : pas de citoyenneté québécoise, pas de droit de vote.”
On le sait, certains radicaux comme Jean-François Lisée et Pierre Curzi, avaient même admis que l’objectif initial de ce projet de loi était littéralement d’enlever le droit de vote à ces gens.
« Tant qu’on est une province, on peut pas faire plus : on peut pas, par exemple, interdire le droit de vote aux gens, parce que ça, c’est un droit qu’on ne contrôle pas, parce qu’on est toujours une province à l’intérieur d’une fédération. Évidemment, le jour où le pays sera là, on contrôlera une citoyenneté qui aura peut-être plus de dents, si j’ose dire…”
Pierre Curzi - 98,5 FM – 19 octobre 2007, 12h10
Le CERIUM, Centre d’études et de recherches internationales, où travaille pourtant Jean-François Lisée, avait dénoncé cette idée du PQ dans cet avis:
Dans les démocraties libérales, dont le Canada et le Québec, le droit de vote et le droit d’être candidat lors d’élections sont généralement considérés comme étant parmi les plus fondamentaux. Pourquoi ? Parce que tout le reste (libertés civiles, paix sociale, prospérité, bonheur) est tributaire d’un système démocratique sain et inclusif. Le droit de voter et le droit d’être candidat sont intrinsèquement liés. Il est en ce sens difficile d’envisager l’un sans l’autre. Le droit de vote des Noirs aux États-Unis existerait-il réellement si aucun d’eux ne pouvait être candidat à une élection ? Poser la question, c’est y répondre.
Le projet de loi 195 veut notamment limiter l’éligibilité à être candidat lors d’une élection aux personnes ayant la « citoyenneté » québécoise, elle-même conditionnelle à une connaissance appropriée de la langue française. Parce qu’il crée une citoyenneté à deux vitesses (deux classes de Québécois), parce qu’il limite les droits démocratiques, et parce qu’il établit une discrimination injustifiable fondée sur la langue, cet aspect du projet de loi proposé par le Parti québécois est inconstitutionnel et illégal.
Pourquoi Manuel Dionne lance-t-il encore son Parti dans une guerre anti-anglophone, dans un comté où réside 2000 personnes sans histoire, dont le seul crime est d’être né de parents anglais ?
Une victoire drapé de blanc ?
